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Il y a actuellement vingt sites Internet dans le monde où, avec un simple courriel, on peut se procurer en trois semaines un diplôme ou un relevé de notes universitaires qui s’acquièrent normalement par des études qui durent de trois à six ans. En Amérique du Nord, seules deux législations, celles de l’Illinois et du Dakota du Nord, peuvent pénaliser les détenteurs de fausses pièces justificatives.

Bien que la majorité de ces sites n’offrent en réalité que des diplômes fictifs d’universités bidon, il reste que quelques-uns offrent des pièces (relevés et diplômes) falsifiées d’universités existant réellement. L’un des plus anciens, Backalley Press.com, une filiale de l’impression chinoise Shun Luen Co., œuvre dans le domaine depuis six ans. Moyennant des frais pouvant varier de 137 à 565 dollars américains, l’internaute peut se procurer une vaste gamme d’attestations, allant du simple baccalauréat aux combinés diplômes et relevés de notes de doctorat.

Un problème américain, pensez-vous ? La seule visualisation des démonstrateurs de la compagnie sur le site montre des attestations accompagnées du sceau de la California State University… côtoyant des relevés de notes et des diplômes de l’Université du Nouveau-Brunswick et de l’Université d’Ottawa.

On commence à légiférer

Dans son édition du 7 février dernier, The Chronicle of Higher Education mentionnait le nom des deux premiers États, le Dakota du Nord et l’Illinois, déjà dotés de dispositifs pénaux permettant de prendre en défaut les détenteurs de faux. Et en plein cœur de la Silicon Valley, l’University of Southern California mène actuellement une campagne de lobbying auprès des autorités de l’État afin que ce dernier se dote moyens de sanctions similaires.

L’enquête publiée dans ce périodique par Allen Ezell, un ancien agent de la CIA et l’American Association of Collegiate Registars and Admissions Officers permet de préciser le nombre des détenteurs de pièces falsifiées, soit 70 000 à l’échelle des États-Unis. Pourrait-on en faire autant au Québec et au Canada ? «Non, répond le sergent Gilles Mitchell, responsable des communications à la Sûreté du Québec, car chaque crime économique fait d’abord l’objet d’une enquête locale. La pièce falsifiée ici mettant en cause une université [donc de juridiction provinciale] ne permet pas la divulgation d’un résultat d’ensemble pour le Canada entier, la Sûreté du Québec s’accaparant le boulot que réalise la Gendarmerie Royale du Canada pour les autres provinces».

Des preuves disparates

L’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles du Québec mentionne deux cas de fraudes massives du genre. Le premier s’est produit à l’usine de l’American Biltrite de Sherbrooke où, à l’hiver 1998, quatre employés de la compagnie ont été congédiés, après la découverte des fausses attestations présentées lors de l’embauche. Un cas plus grave s’est produit au printemps 1997. Le congédiement de 20 employés d’un abattoir du groupe Olymel de Vallée-Jonction en Beauce a été l’élément déclencheur d’une enquête qui a abouti au démantelement d’un réseau local de petits trafiquants de d’attestations d’études et de relevés de notes d’études secondaires, dont le coût variait entre cinquante et cent dollars.

Cependant, les dégâts déjà constatés ne permettent pas de se rendre compte des dommages similaires dans le cadre d’études post-secondaire et la puissance du Web comme élément de transmission pour les commerçants de faux.

par Alexandre BENOIT

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